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Le quantified self, prochaine étape de l’assurance santé personnalisée ?

80 milliards d’ici à 2020, selon l’iDate, les objets connectés n’en finissent plus de se voir attribuer des prévisions de développement hors normes. Ceux dédiés à la santé vont permettre aux assureurs de pouvoir reconsidérer leurs offres de santé grâce aux processus de quantified self. Est-il désormais possible d’imaginer la mise en place de tarifs personnalisés selon l’activité physique de l’assuré ?

Multitâches et connectés, les IoT, Internet of Things, n’ont pas épargné l’assurance et se positionnent pour l’heure sur trois principaux secteurs que sont l’automobile, l’habitation et la santé. L’ordre de manœuvre a tout d’abord priorisé l’automobile avec le « Pay how you drive », processus adaptant la prime d’assurance selon la conduite de l’assuré à l’aide de capteurs présents dans le véhicule, puis l’habitation avec les systèmes de domotique. Le secteur de la santé est en passe de devenir le principal vecteur de développement de l’internet des objets grâce à une vraie remise en question du rôle des assureurs sur ce nouveau marché.

Le Quantified Self, principale opportunité de développement

Les IoT développés pour répondre aux nouveaux besoins en santé sont nombreux, mais leur plus gros potentiel actuel de développement concerne ceux dédiés à la quantification du corps humain. Plus communément appelé « quantified self », ces objets connectés se démocratisent à une vitesse folle et permettent à l’utilisateur de pouvoir calculer en temps réel son activité à l’aide de capteurs qui analysent ses performances selon plusieurs indicateurs comme le nombre de pas, les distances parcourues, le poids, le rythme cardiaque … Ces innovations représentent un marché à très fort potentiel sur lequel de nombreux pure-players se positionnent déjà en tant que précurseurs de ces objets à l’image des plus connus comme Jawbone, Withings, Fitbit …

Les assureurs, quant à eux, y voient un intérêt pour mieux connaître leurs clients et ainsi réfléchir à la constitution de nouvelles offres, en bénéficiant par la même occasion d’une image innovante. La première initiative française a été imaginée par AXA qui a conclu un partenariat avec Withings, société qui conçoit, développe et commercialise des objets connectés. L’objectif : offrir un capteur de mouvements connecté aux milles premiers clients de l’offre santé d’AXA. Un jeu concours a par la suite été organisé pour permettre aux participants de bénéficier de chèques de médecine douce si l’objectif de 7000 ou 10 000 pas quotidiens était atteint.

Vers la mise en place de l’assurance santé personnalisée ?

Ce genre de test mesure l’engouement des individus vis-à-vis d’un nouveau type d’offres, basées sur des processus ludiques permettant de bénéficier d’avantages en accomplissant des performances sportives. Au-delà de cette phase de test, la finalité de ce genre d’expérience est de proposer des contrats d’assurance santé individuels avec une prime adaptable selon le comportement de l’assuré. A l’image du « pay how you drive » en automobile, on peut désormais parler de « pay how you live » avec des assureurs qui pourraient, à moyen terme, constituer des offres pour lesquelles les assurés bénéficieront de réductions de cotisation à condition de suivre quotidiennement leur état de santé et de respecter un comportement vertueux défini par l’assureur.

De la mutualisation à la personnalisation des risques, quels obstacles ?

La mise en place de ce type de tarification va reconsidérer le principe même de l’assurance fondé sur la mutualisation des risques. En effet, elle entraîne une personnalisation du risque et la volonté pour les assureurs de proposer de plus en plus de contrats santé individuels. Face à cela, la généralisation de la complémentaire santé dans le cadre de l’ANI (Accord National Interprofessionnel du 11 janvier 2013) constitue le premier obstacle, stipulant qu’à compter du 1e janvier 2016, tous les salariés de petites et grandes entreprises devront avoir accès à une complémentaire santé collective. Cette mesure aura nécessairement un impact sur le développement de l’assurance santé individuelle et personnalisée. De plus, le risque d’anti-sélection soulève une problématique de taille en matière de tarification des contrats. Les comportements vertueux seront logiquement récompensés par une baisse de cotisations pour le bon respect des objectifs préconisés par l’assureur, mais il y a également une possibilité d’effet inverse. L’assuré qui n’atteint pas, ou plus, ces objectifs pour raison personnelle ou dégradation soudaine de son état de santé, verra rapidement ses cotisations augmenter. Face à cet effet, la réglementation définit des règles précises issues de l’article 6 de la Loi Evin qui interdit l’augmentation du tarif appliqué à un assuré, en se basant uniquement sur l’évolution de son état de santé. La mise en place de l’assurance santé comportementale personnalisée devra aussi faire face à l’interdiction pour un organisme d’assurance de majorer les tarifs d’un contrat de manière individuelle, la hausse devant être uniforme pour l’ensemble des assurés ayant souscrit la même garantie.

Se rapprocher de ses clients

L’assurance santé personnalisée a donc de belles perspectives d’avenir devant elle, à condition de modéliser de nouvelles offres respectant les normes réglementaires. Les objets connectés en santé peuvent néanmoins répondre aux nouveaux besoins des assurés en matière de proximité client à l’image de l’assureur Sud-Africain Discovery. Cet acteur mise sur le respect de comportements vertueux pour permettre aux assurés de bénéficier d’avantages commerciaux. Concrètement, le système permet aux assurés de gagner des points dès lors qu’ils enregistrent une activité physique via leur objet connecté. Ils peuvent par la suite obtenir des réductions et des bons cadeaux grâce aux points cumulés.

A l’image de Discovery, les processus de gamification vont-ils, dans un futur proche, encourager l’individu à adopter un comportement vertueux afin que l’assureur soit en capacité de prévenir ses risques ? La réponse à cette problématique fera l’objet d’un second article analysant les nouveaux rôles que vont pouvoir endosser les assureurs avec l’arrivée de l’internet des objets.

Yann Fontes, chargé de Développement digital et dealer d’idées pour Creapills

@Yann_Fontes
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