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E-santé : les assureurs cherchent encore une proposition de valeur

Alix Pradère est à co-fondatrice et co-directrice du cabinet de conseil OpusLine, spécialisé en stratégie et management dédié au secteur de la santé. Selon elle, les assureurs n’ont pas encore proposé de services suffisamment pertinents et rentables pour faire décoller l’e-santé.  

Qu’est-ce que le développement de l’e-santé change dans le positionnement des acteurs de l’assurance ?

Le digital oblige les assureurs à modifier leur métier pour devenir des acteurs de la prévention. Pour cela, ils doivent apporter du service et réussir à intégrer le parcours de soin. On entend beaucoup de professions de foi qui vont dans ce sens, mais dans les faits, cela bouge peu. Les contrats d’assurance santé comprennent peu de services. Les offres restent émergentes. Une des difficultés est que la proposition de valeur n’est pas encore perçue par les assurés. Nous constatons le même phénomène pour les applis mobile. Les patients ne sont pas encore prêts à confier la prévention et le suivi de leur santé aux assureurs.

Ces derniers doivent proposer des offres suffisamment innovantes et pertinentes. Et bien sûr susciter l’envie et la confiance. Ils pourraient, par exemple, sur la santé au quotidien, organiser du télé-conseil sur les prescriptions hors remboursement. De même, sur les maladies chroniques, ils ont un rôle à jouer sur le dépistage, le suivi et la prévention. Une des pistes pour apporter davantage de services, serait de se rapprocher des laboratoires pharmaceutiques. Aux États-Unis, ces derniers proposent des « Patient Support Programm », des programmes de suivi de patients sur des maladies chroniques. C’est pour eux un bon moyen de démontrer la performance de leurs produits et d’offrir du service aux patients. Les assureurs pourraient trouver auprès de l’industrie pharmaceutique des partenaires dans le développement de leurs offres de services.

Vous parlez d’intégrer le parcours de soin. Les assureurs doivent-ils pour cela se rapprocher des médecins ?

En France, cela reste de la science-fiction, mais oui. Les médecins sont les premiers prescripteurs de soins. Ils représentent le référent suprême ! Ce serait une erreur de ne pas travailler avec eux dans la prévention et l’accompagnement des patients. Aux États-Unis, les assureurs sont en contact avec les médecins sur des protocoles de soins. Nous en sommes loin car il existe des réticences mutuelles fortes. Les médecins craignent que les assureurs leur imposent des baisses de tarifs, et les compagnies d’assurance pensent ne pas être écoutées.

Or, il faudrait dépasser ces clivages pour que chacun soit gagnant : les médecins, les patients, les assureurs et l’Assurance maladie. Malheureusement, les discussions des assureurs avec la CNAM ne concernent que les éléments hors remboursement, donc tout ce qui se passe en dehors du cabinet médical. Ce qui pose un vrai problème, car si les assureurs ne prennent pas en compte les médecins dans la logique de prévention et d’accompagnement qu’ils souhaitent développer, il leur manquera le maillon essentiel pour faire bouger les lignes et convaincre les patients.

Par ailleurs, les médecins connaissent mal les programmes de suivi dont je parlais plus haut et n’ont pas les moyens de les évaluer.  Il serait pertinent, dans une vision de prévention de la santé, qu’ils les intègrent. Et pourquoi ne pas imaginer que les médecins perçoivent un intérêt financier dans la prescription auprès de leurs patients d’un parcours de suivi de soins ?

Si la transformation digitale de l’assurance conduit le secteur vers davantage de prévention, le business model de cette nouvelle approche est-il trouvé ?

Non. C’est aussi un des enjeux majeurs actuels. Comment valoriser la transformation actuelle ? Combien ça coûte ? Qui paie ? Combien cela rapporte ? Or, les assureurs manquent de données objectives pour évaluer les programmes de prévention. Une chose est sûre : les patients sont prêts à payer cher lorsque la qualité de leur vie et de leurs soins est au rendez-vous. Il reste à trouver le moyen de transformer la proposition de valeur en modèle économique performant. Pour y parvenir, il faut déployer des services à des coûts soutenables en intégrant une dose de digital. Et ces services doivent permettre d’obtenir une meilleure efficience de l’utilisation des prescriptions santé en étant évalués. Nous assistons à un changement de fond de la santé où les assureurs risquent de se retrouver au bout de la chaîne de valeur s’ils ne parviennent pas à proposer des offres de services pertinentes, mesurables et rentables. Le tout en synergie avec l’écosystème de la santé dans son ensemble.

Interview réalisée par Laure Kepes

@LaureKepes

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